08.02.2009
14- Clandestin ?
« - Mais qu’est-ce qu’on dit aux gens qui te cherchent ou qui viennent te voir ? » demanda Adèle ?
« - que je suis parti en vacances. » Suggérais-je. « C’est plutôt de saison…Et de toutes façons, peu de gens vont me chercher puisque la plupart de mes amis sont eux-mêmes rentrés dans leur famille ou partis en vacances ou allés faire des saisons. Ils m’appelleront sur mon portable, auquel je ne répondrais pas, ils penseront que je les snobe parce que je ne rappellerais pas et ça leur ira comme ça.»
« - et Karen ? » dit enfin Vanessa.
Voilà bien le problème. Karen, ma petite amie du moment, ne se contenterait pas d’une absence au téléphone. Elle chercherait à me trouver, ou tout au moins à en savoir plus. C’était sûr. Cela ne faisait pas plus de quatre mois que nous sortions ensemble, même si nous nous connaissions depuis plus longtemps. Je l’aimais bien mais sans plus. Je n’étais pas amoureux d’elle et je restais avec elle pour d’obscures raisons sexuelles, ainsi que, moins avouable encore, pour des raisons de représentation. En effet Karen était une fille « fashion », tendance, plutôt mignonne et plutôt bien roulée. S’afficher avec elle provoquait la plupart du temps l’envie et la jalousie des autres mecs. Cela flattait mon égo de mâle, et mon corps aussi trouvait sa satisfaction dans l’usage du sien. Elle aimait apparemment le sexe, car l’intensité de nos relations sexuelles n’avait pas encore faibli, même si nous ne nous étions pas installés dans la routine de couple si souvent fatale à cette activité.
Or, il était question que nous partions ensemble en vacances, vacances durant lesquelles il était convenu que nous fassions une étape par la villégiature de son père, à qui j’en déduis qu’elle avait prévu de me présenter. Tout cela sentait le sapin. Quelques allusions et questions sur l’oreiller me faisaient dire que Karen aimerait bien que je lui propose d’emménager ensemble dès la prochaine rentrée universitaire. Mais c’était trop tôt pour moi. Bien trop tôt. A vrai dire, je ne me voyais pas vivre avec elle. Nous n’étions pas assez complices et je pensais que nous ne serions jamais sur la même longueur d’ondes tous les deux. Je m’apprêtais donc à tergiverser quelque temps encore avant que l’inévitable rupture n’advienne.
Je l’ai déjà dit, je suis un salaud. Bien fait pour moi, commençais-je… Du reste, elle aussi avait ce mode de fonctionnement : « je-te-prends-tu-m’amuse-plus-je-te-laisse ». Pourtant, ses meilleures copines, (dont l’une ou deux me draguaient sans vergogne), me disaient qu’elle était accrochée, qu’elles ne l’avaient jamais vu comme cela, ce qui n’était pas pour me rassurer. Oui. Ça aussi : avec l’une de ses meilleures copines, Julia, il s’était passé un truc que je voulais approfondir. Cette Julia, qui n’avait pas froid aux yeux, et encore moins ailleurs, était venue nous « chatouiller » d’un peu près, un jour, alors que Karen et moi étions en train d’avoir, dans un coin reculé d’un fête, un petit moment d’intimité. Cela ne semblait pas avoir déplu à Karen, bien au contraire. Nous avions été interrompu avant que cela ne puisse aller plus loin, mais je m’étais bien promis de tout faire pour pousser plus loin l’expérience…
Tout ceci n’arriverait peut être jamais, maintenant. Dommage.
Que dirait Karen en me voyant ? À vrai dire, je n’avais pas vraiment envie de le savoir, parce que je n’avais pas envie qu’elle me voie dans cet état. Je n’avais aucune idée de sa réaction, mais je n’étais pas prêt à l’affronter, quelle qu’elle soit. Et je ne voulais plus être en couple dans ces conditions. La seule solution qui s’offrait à moi était de rester chez moi avec mes deux colocataires. L’une et l’autre veilleraient sur moi, si elles en étaient d’accord..
« - Karen, c’est fini. De toutes façons, ça ne pouvait pas durer. »
« - et tu crois qu’elle va l’accepter ? » renchérit Adèle.
« - Elle n’aura pas le choix, tu crois pas ? » lui fis-je remarquer. « Mais la question n’est pas là » concluais-je.
« - A quoi tu penses ? » demanda Vanessa, pour la forme, parce qu’elle le savait.
« - Est-ce que vous acceptez que je reste ici avec vous, avec toutes les conséquences prévisibles et imprévisibles que cela comporte ? » , leur demandais-je enfin avec tout le sérieux et tout le poids possible.
« - Ben… » commença Adèle un peu prise au dépourvu par le sous-entendu de ma question.
« - aucun problème, tu peux compter sur moi » dit Vanessa sans aucune hésitation. Sa promptitude à me répondre, ses yeux brillants m’effrayèrent, d’un coup. Je me sentis mal à l’aise. Et ça n’était que le début.
« - Euh, si je peux donner mon avis ? » renchérit Adèle, un peu agacée : « il faut réfléchir un peu à la situation, tu vis pas toute seule ici ! » s’emporta t-elle.
« - OK, mais je dis simplement que si toi tu te veux te défiler, moi je ferais face et je m’occuperais de Martin de mon mieux… »
« - Mais c’est incroyable ! Je me défile pas : je prends un peu le temps de réfléchir à ce que ça implique ! » l’interrompit Adèle.
« - Réfléchis tant que tu veux, moi j’y ai pensé toute la nuit, alors j’ai pris ma décision.» conclut Vanessa, sûre d’elle.
« - T’aurais pu en parler, avant, qu’on décide » grogna t-elle, vexée.
« - Mais ça ne t’oblige à rien : je dis juste que pour moi, c’est d’accord. Si tu sais pas, tu réfléchis. Arrêtes de te mettre la pression… »
Adèle bouillait littéralement. Elle se sentait mise en demeure d’approuver. Je profitais de l’arrêt momentanée de la cacophonie pour préciser ma question.
« - T’inquiètes pas, Adèle, il s’agit juste pour moi de rester ici avec vous. Ça ne t’oblige à rien. Mais je vous pose la question pour ne pas que cela vous gêne, ou vous empêche de faire ce que vous avez à faire, tu comprends ? »
« - Ouais, ouais, OK, dans ces conditions j’ai pas à accepter ou à refuser, t’es chez toi quand même. »
Comme toujours, elle allait se reprendre avec humour et j’attendais la boutade.
« - on va juste faire un dressing dans ta chambre, hein Vaness ? Tu prends moins de place, du coup » Dit-elle en exagérant volontairement pour qu’elle soit sûre que je ne le prenne pas au sérieux. Pendant que Vanessa renchérissait, je me forçais à rire en pensant que je n’avais aucune idée du temps que mon état durerait. Mais au moins, j’étais à peu près en sécurité.
01:02 Publié dans Histoire principale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : disparition, confrontation, domination, géante, mini-homme, homoncule

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