09.05.2009

20- Jeux

 

                       Dans un énorme bruit de succion, je me retrouve à la lumière. Je réalise que je suis dans sa main. Tout tourne autour de moi et j’ai la nausée, pourtant je me sens comme engourdi. Je crois que j’avais presque accepté le destin funeste que je croyais qu’Adèle allait me faire subir. Elle ne m’a pas dévoré, et elle est là, au dessus de moi, et en dessous aussi, elle rit, d’un rire inextinguible, en me fixant de ses yeux mi-excités mi-avinés… Sa salive recouvre encore mon corps et je commence à avoir froid, sans mon pantalon. D’une voix toujours plus pâteuse, elle finit par dire :

« - je t’ai sauvé la vie, espèce d’ivrogne ! Quelle idée de plonger dans ce verre de bière ? » Rit-elle encore.

« - T’es complètement tarée, c’est toi qui m’y as plongé, et après t’essaye de m’avaler, salope ! » m’emportais-je sans bien penser aux conséquences.

« - Ohohohooo !  Doucement, minus ! T’as qu’à pas faire la taille d’un bretzel si tu veux pas finir comme un bretzel… ahhahaha… ! »

Et elle riait encore à gorge déployée, au dessus de moi, soufflant toujours son haleine sur tout mon corps, vacillante, un œil à moitié fermé.

« - T’es qu’une salope, comment tu peux me faire ça ? » Je devenais monomaniaque. Saoul moi aussi, je ne contrôlais même plus mon esprit. Elle souriait toujours en me regardant intensément, l’air triomphant. Elle savait exactement qu’elle me dominait sans que je ne puisse rien y faire.

« - Et puis il me semble que t’as pas détesté, hein ? » dit-elle en sortant sa langue et en la pointant vers mon sexe encore dressé. Que dire ? J’étais aussi trahit par mon corps. Avec le recul, c’est vrai que si l’on enlève la peur, la sensation d’être dans sa bouche était plutôt excitante. Etrangement excitante…

« - Aaaah, je vois » continue-t-elle : « t’as pas eu le temps d’en profiter ! Attends, on va réessayer, c’est drôle … »

« - Nooon !»

 

                       Je n’avais pas fini de le dire que j’étais à nouveau dans sa bouche, mais pas tout entier, cette fois. Mes bras, mes épaules et ma tête dépassaient de ses lèvres, qui étaient mon seul horizon, avec ses narines qui me surplombaient, qui semblaient me regarder, et dont je pouvais détailler l’intérieur peu engageant… Cependant, à l’intérieur, le reste de mon corps commençait à être malaxé sans que je puisse contrôler quoique ce soit. Sa langue fouraillait les moindres recoins de mon corps, alors que de temps en temps, selon les différentes actions de ses muscles labiaux, je m’enfonçais entre ses lèvres, ou tout entier dans sa bouche. Puis elle commença à sucer tout mon corps comme le tuyau trop étroit d’un énorme aspirateur dans lequel le bas de mon corps aurait été happé. J’ai cru, une ou deux fois, mon heure venue, quand, disparaissant d’un coup dans sa bouche, ma tête heurta ses incisives. Je me disais que ma tête allait sauter, ou qu’elle allait me briser le cou, ou encore qu’à un moment, elle m’aspirerait tellement fort qu’elle m’avalerait involontairement par pur reflex. Au lieu de ça elle arriva à contrôler ce qu’elle voulait faire, en m’assurant avec ses doigts. Elle me tenait entre ses doigts et ses lèvres comme un fruit dont on essaie d’extraire le jus. C’était précisément ce qu’elle avait entrepris de faire. Très adroitement, elle vrillait sa langue et enrobait mon sexe (qui ne demandait que cela) jusqu’à ce que je cesse de me débattre et de résister. S’il faut mourir, après tout…Elle semblait prendre plaisir, car elle gémissait et grognait fréquemment, alors que je sentais que sa respiration s’était accélérée. Je crus même voir, quand ma tête émergeait et quand elle était tournée vers le bas, que son autre main lui caressait le corps. Toute cette effusion de sensualité, mêlée à un risque réel mais fascinant finit par m’exciter au dernier degré, si bien qu’elle finit par me faire jouir dans le rouleau de sa langue, dont elle avait réussi contre toute attente à me ceindre le sexe… Me sentant ramollir et  peut-être, sentant la goutte insignifiante de mon désir lui couler au creux de la langue, elle me libera de ses doigts en basculant la tête pour avaler la preuve de son forfait. Evidemment, je me dis que je pouvais faire partie des preuves, et que peut-être, j’allais suivre le triste sort de mon sperme. C’est sans doute ce qu’elle a voulu me faire croire en me suçant encore tout entier dans sa bouche que je commençais à connaître par cœur. Au gré de la lumière qui rentrait, j’aurais pu dire le moindre défaut de ses dents, y compris ses dents de sagesse… Elle s’amusa encore quelques temps à me faire peur, puis me laissa, la bouche ouverte, séjourner en elle. Dès que je voulais bouger, elle serrait, jusqu’à ce que je ne bouge plus du tout, comprenant qu’elle voulait une soumission totale. Elle restait ainsi, la bouche mi-ouverte, m’ayant dompté. Son rire secouait régulièrement le fond de sa gorge et je voyais de l’intérieur la forme de ses lèvres s’étirer simultanément de chaque côté et vers le haut pour former ce beau sourire que je devinais si ironique. Elle profitait pleinement de la situation, mais je n’avais encore rien vu. Cela faisait un moment qu’elle bougeait et que je voyais le paysage évoluer au-delà de ses dents et de ses lèvres. Dans un dernier rire, elle me sortit sans ménagements avec ses doigts, trempés eux-aussi de salive… Me tenant au dessous des épaules, elle me regarda d’un air toujours plus triomphant, but une gorgée de bière, me fixait encore sans me parler, me laissant pendre pitoyablement entre ses doigts… Elle finit par parler :

 

« - Alors ? C’était bon, hein ? » Demanda-t-elle sans même envisager que je puisse répondre par la négative. Je ne savais quoi répondre : dire oui aurait été l’encourager à renouveler une expérience périlleuse pour moi ; dire non aurait été risqué, étant donné sa susceptibilité naturelle et son état d’ébriété. Ne pas répondre était également peu amical… Je fis donc :

« - Eeeuhmmmm ! » de l’air de quelqu’un qui reprend son souffle. Mais ma réponse ne l’intéressait finalement qu’assez peu. Seule son idée comptait.

« - Moi c’était bien, comme expérience, mais ça m’a juste excitée… Il va falloir que tu me rendes la pareille… »

Je me rendis compte que nous étions dans sa chambre et qu’elle s’était couchée sur son lit, en tenue de nuit. Je ne voyais pas le bas de son corps qui était sous la couette… Sans attendre le moindre signe de consentement de ma part, et en me regardant de l’air le plus lascif que j’ai jamais vu, je me sentis emporté vers son bas-ventre, alors que la couette se soulevait légèrement.  

19.04.2009

19 - Tête-à-tête

 

 

 

                       J’arrive pas à descendre tout seul de la table. La distance est trop grande entre elle et les fauteuils. J’ai peur de sauter. J’ai aussi peur de sauter vers le bas. Et pourtant je me sens déprimé. Je sauterais bien d’un pont. Le problème, c’est que je n’ai jamais été au bout de mes idées, et pourtant, je suis ce qu’on appelle un raisonneur. Par exemple, là, je me dis qu’à ma taille, les occasions de mourir seront plus nombreuses que les occasions de vivre. Surtout de bien vivre. Vanessa venait de me laisser. J’étais seul avec Adèle. Je ne savais à quoi m’attendre, mais visiblement, je n’avais plus qu’elle.  Vanessa n’est pas repassée par le salon quand elle est partie. J’ai juste entendu qu’elle discutait avec Adèle, probablement en faisant son sac. Adèle n’est pas revenue avant que Vanessa parte. Elle finit par revenir en disant qu’elle avait besoin de prendre l’air, ce à quoi je lui ai répondu que je la comprenais bien.

 

« - Tu veux venir avec moi ? » dit-elle, sérieusement.

« - tu rigoles ? » lui demandais-je blasé…

« - mais non, on peut bien essayer… » renchérit-elle.

« - une autre fois, peut-être » lui dis-je finalement.

« - comme tu veux » conclut-elle en se levant du fauteuil. J’essayais de lui expliquer que je ne me sentais pas prêt, même si j’en avais envie, et que j’avais un peu peur… mais elle n’était pas en dispositions de m’écouter. Elle est partie avant que j’aie pu dire quoique ce soit. Je me suis égosillé pour lui dire que j’étais coincé sur la table. Mais rien n’y a fait. Je pense qu’elle l’a fait exprès. La porte claquait une nouvelle fois, je savais que je ne la reverrais pas de ce soir. Sale caractère.

 

                       J’avais de quoi m’occuper. Il fallait que je trouve le moyen de descendre de cette maudite table, puis trouver à manger, et enfin, tenter de rejoindre le livre que j’avais laissé ou atteindre et utiliser le téléviseur. Je n’étais pas vraiment à l’aise dans ces habits de poupée que Vanessa avait tenté de m’adapter. Il fallait que je trouve mieux que ça. Cela dit il ne s’agissait pas d’escalader, mais de sauter. Je pensais mieux me débrouiller à partir du canapé, je devais donc parvenir à l’atteindre. Avec de l’élan, j’arriverais à sauter la distance ou au moins à me raccrocher à la fibre du meuble. Après avoir rassemblé tout mon courage, je tentais le saut. Pas assez de sport. J’atterris sur le bord, à plat ventre. Je rebondis. M’accrocher : que dalle. Je tombe. Je vais mourir. Chier.

 

                       Tapis. Boum. Aïe. Je rebondis. Je suis vivant, rien de cassé. De cette hauteur c’est un miracle, à moins que. A moins que vu mon poids, je n’aie aucune raison de me faire mal, même en tombant de dix fois ma hauteur. Je suis nul en physique, mais ça me parait logique : moins lourd, moins mal. Ça c’est une bonne nouvelle. Un peu de super-pouvoir au milieu de toute cette merde, ça ne serait pas de refus. Je vais peut-être pouvoir m’amuser un peu, finalement. Et puis je suis en bas. J’aurais même jamais tenter de sauter entre deux immeubles, comme on voit dans les films avec Bruce ou avec Mel. Là c’est ce que j’ai essayé. Raté, oui, bon. Mais quand même. Peut-être que je cours plus vite ? J’ai de la place, je me mets à courir,  un peu, j’accélère, encore, encore plus, oui, c’est bon, j’ai l’impression d’aller très vite. Ouf je ralentis, je m’arrête. C’est pas tout le monde qui peut piquer un sprint dans son appartement. J’ai couru vite et longtemps. Mes qualités physiques sont supérieures, mais je ne cours pas plus vite. Je ne suis qu’à la porte de la cuisine. Avant, il m’aurait fallu trois pas et trois secondes. Et sans me presser. Mon enthousiasme retombe. Et en plus j’ai faim. Ça tombe bien, je suis à la cuisine.

 

                       Rapidement, je me rends compte que grimper vers les endroits où se trouve la nourriture m’est impossible. Contrairement à la vermine à l’abri de laquelle les gens ont toujours voulu protéger leurs provisions, je n’ai pas de griffes, pas de ventouses, pas d’ailes, et encore moins de pied ambulacraire… Oui, je ne suis pas adapté à mon environnement. Je sais comment ouvrir la porte du frigo, mais je n’en ai pas la force. Idem pour les placards, qui de toute façon, sont le plus souvent trop haut. Si j’y parvenais, je trouverais des nourritures emballées, sous vide… impossible pour moi de les ouvrir, à moins de bouffer l’emballage auparavant, comme ces putain de rongeurs à la con, en comparaison desquels, encore une fois, je me sens un peu débile. Mon statut, quant à la nourriture, est pire que celui d’un animal domestique. Je dépends entièrement du bon vouloir de mes « maîtresses »…

 

                       Le mot est lâché. Adèle n’a pas besoin de moi, j’ai besoin d’elle. La prochaine fois qu’elle me proposera de partir avec elle, j’irais. Si elle ne revient que demain, je ne pourrais manger que demain. Elle revint tard, ce soir là, et contrairement à ce que j’avais craint, elle revint seule. Elle me vit dans le salon, sur un des coussins de sol sur lequel j’avais trouvé la télécommande du téléviseur. J’avais pu me gaver d’émissions merdiques pendant toute la soirée, avant qu’un film pas trop inintéressant ne commence. Quand Adèle est rentrée, j’ai rapidement vu qu’elle était bourrée, grâce à des signes très concrets : elle s’est trompé plusieurs fois d’interrupteur pour la lumière, tourner le loquet de la porte a été très laborieux, son sac à main est tombé de son bras… Après avoir été aux toilettes, elle est venue vers moi, non sans avoir été au frigo prendre une bière. Elle s’en versa un verre, en but une gorgée et me dit :

 

« - T’en veux ? »

« - Non, en fait j’ai plutôt faim »

« - Eh bien la bière ça nourrit… » ricana t-elle de sa voix pâteuse.

« - alors tu dois pas avoir faim » répartis-je comme « avant ».

 

Elle se contenta de me regarder avec ironie sans me répondre. Elle se releva, difficilement, et alla ouvrir le frigo, duquel elle sortit du fromage, des fruits, qu’elle accompagna avec du pain un peu sec. Il posa tout ça vers moi et me dit :

 

« - Tiens, petit souriceau, grignote, grignote !… »  me dit-elle en riant. Elle me saisit un peu maladroitement pour m’amener sur la table du salon, à coté de la nourriture. Au passage elle me fit un baiser très sincère et très tendre, bien qu’un peu appuyé et aussi  trop baveux. Je n’étais pas très à l’aise et elle le vit.

 

« - Quoi ? t’as peur de moi ? »

« - Non, non, mais… ça sent l’alcool. » En fait, elle devait avoir une sale haleine, ce qui pour moi, à ma taille, revenait à sentir plus mauvais et plus fort qu’un tas de fumier.

Elle ne l’a pas vraiment pris mal, et j’aurais préféré. Elle l’a pris comme un jeu. J’étais encore entre ses doigts, et elle me ramena à sa bouche, qu’elle ouvrit en grand expirant du fond de la gorge, son haleine de hyène. Si j’avais eu quelque chose dans le ventre, je l’aurais vomi. La vue de sa bouche grande ouverte m’a cependant fasciné, et l’odeur aidant, j’avais le souffle coupé, si bien que je ne protestais même pas, ce qu’elle prit sans doute pour un encouragement. Elle sortit sa grosse langue baveuse et m’en lécha abondamment le corps. Sa salive était une véritable puanteur.

 

« - Voilà : le tout, c’est de s’y habituer » dit elle en me reposant sur la table. Je tombais sans pouvoir me retenir, la tête me tournait et j’avais des haut-le-cœur. Maintenant c’était moi qui puais. Et elle s’envoya une lampée de bière en me regardant me remettre de mes émotions. Je me sentais humilié, et pourtant, en regardant sa gorge bouger et en entendant le liquide descendre vers des profondeurs effrayantes, je me sentais excité. Je sentais mon sexe grossir entre mes jambes.

 

« - Tu manges pas ? » demanda t-elle, d’un ton faussement naïf.

« - J’ai moins faim, d’un coup » répondis-je en tentant de reprendre la contenance et la dignité qui conviennent dans une conversation d’égal à égale. Peine perdue.

 

« - Ce qu’il te faut, c’est un apéro ! »  et, joignant l’acte à la parole, elle me reprit sans que j’aie le temps de l’éviter. En quelques mouvements maladroits de ses doigts, elle me saisit les jambes pour m’amener, tête en bas, vers son verre de bière à moitié plein qu’elle tenait par ailleurs avec sa main gauche. J’ai eu le temps de crier à pleins poumons :

 

« - NON, ARRÊTE ! » et d’entendre

« - Allez, bois un coup, pas tant de manières ! »

 

Et je me retrouvais dans son verre, tout proche de la surface du liquide. L’odeur me saoulait déjà, ayant juste le temps de me dire : « cette conne est déjà trop bourrée pour se rendre compte qu’elle va me tuer. »

Et elle me plongea dans la bière, sans doute quelques secondes, jusqu’au torse, puis me ressortit  de son verre  en me maintenant au dessus :

 

«  - T’as eu le temps de boire ? » dit-elle d’une voix avinée.

J’étais complètement bourré.

« - Ouaiiiis ! » répondis-je de la même voix. Autant mourir saoul, finalement, c’est vrai. Je n’avais pu faire autrement que de boire. En riant de ma réponse, elle me replongea dans son verre, jusqu’à mi-corps, puis me ressortit à moitié et, volontairement ou non, me lâcha. J’allais me noyer dans un verre de bière, parce qu’elle était trop saoule pour me récupérer : je sentais ses doigts qui essayaient de me récupérer, tandis que, dans le fond du verre, il m’était impossible de me retourner pour faire surface, comme si j’étais plongé dans un  fût. Mes mains et mes jambes battaient les parois en verre quand je me sentis tassé au fond, puis la pression changea de sens, et sans qu’elle ait pu me saisir  ma tête émergea dans le fond du verre, qu’apparemment, elle avait décidé de vider. Je suivais le liquide vers sa destination quand je pus enfin regarder où j’allais atterrir. Quelle ne fut pas ma surprise de voir que fidèle à elle-même, Adèle n’avait pas voulu perdre une goutte du précieux liquide. Elle était en train de boire le verre d’un seul trait, avec son habitant, qu’elle se garda bien de ne pas engloutir avec. En un éclair, les trois quarts de mon corps furent aspirés dans sa bouche remplie de bière. Seul ma tête, mes épaules et un seul bras sortaient de ses lèvres encore collées au verre. Plus bas sous mes pieds, venait de disparaître la bière que contenait encore la bouche d’Adèle. Je sentis sur tout mon corps l’ondulation de sa bouche provoquée par sa déglutition, accompagnée d’un double « gloup ! » assourdissant. Elle avait du baisser un peu le menton pour cela, mais je sentis qu’elle le relevait parce que je glissais à nouveau vers sa gorge, aidé en cela par le fond de bière de son verre. J’étais ivre-mort, et peu en état de résister. Mes vêtements de délitaient sous l’action conjuguée du liquide, du frottement et de la succion. Mon pantalon de poupée s’enleva, et disparut, aspiré par le trou sans fond nommé Adèle, qui allait probablement m’avaler moi-même. Je crois que j’y étais résigné, et, anesthésié par l’alcool, je ne pouvais ni ne voulais m’y opposer. J’étais tout entier dans sa bouche, qu’elle avait refermée sur moi. Je glissais sans fin d’un côté à l’autre, heurtant ses dents ou son palais. J’étais son jouet. Par simple réflexe, elle pouvait m’expédier dans son œsophage où mon seul espoir était d’être trop gros, ou surtout trop long pour ne pas l’étouffer et la forcer à me recracher. Mais, me manœuvrant facilement dans sa bouche, l’ouvrant de temps à autres  et respirant en me sentant à l’intérieur d’elle, me suçant goulument, jusqu’à me retourner, tête vers sa gorge, j’étais sur que si elle le désirait, elle pouvait m’avaler d’un coup, tout entier et encore vif. Je ne pouvais alors qu’espérer qu’elle n’ait pas l’intention de me garder en elle et qu’elle ne soit pas trop saoule pour réussir à vomir… Deux faits dont je n’étais plus du tout sûr.

21.03.2009

18 - Impatience

 

 

 

 

                       Elle, c’est Karen, ma copine, enfin mon ex-copine, sauf que c’est pas officiel. Pas encore.  Je l’entends parler, déblatérer, demander à Adèle si elle sait où je suis. Il faut qu’elle soit plutôt désespérée pour se mettre dans un état pareil et pour venir quasiment supplier Adèle de l’aider. Mais la scène se déroulait dans une autre pièce et je n’avais qu’à espérer qu’Adèle s’en sortirait bien. Je l’entendais parler, elle aussi, mais plus calmement, presque apaisante. Karen semblait un peu se calmer. Ce pendant, je me remémorais mon dispositif : j’avais réussi avec l’aide des filles, à envoyer un SMS à Karen en lui disant que j’étais obligé d’aller faire une saison à l’étranger, en Slovénie, où le portable ne passait pas. J’avais inventé un nom qui ressemblait vaguement à Brobdingnac, mais en plus balkanique ; cela m’était paru opportun. Mais Karen n’acceptait pas que je puisse ne pas donner de nouvelles d’une manière ou d’une autre. Je la croyais pourtant plus fière que ça. Je pensais qu’elle aurait enregistré l’info, et qu’elle en aurait profité pour aller se faire sauter sur la Côte d’Azur, comme chaque été. Il faut croire que j’avais mal estimé la situation et que j’avais été inutilement cruel avec elle. L’entendre pleurer me faisait maintenant de la peine, parce qu’elle semblait vraiment malheureuse, plus malheureuse que quand on se fait larguer et que cela ne fait mal qu’à l’égo.

 

                       Je m’imaginais à sa place, parti sans laisser d’adresse, sa démarche était désagréable mais logique. Elle voulait vraiment me revoir et je me disais maintenant que je devais peut-être aller vers elle et lui faire connaître ma situation étrange et  peu attrayante. Finalement, peut-être serait-elle bien plus secourable que mes deux colocataires ? Bien plus aimante, également, et cela avait son importance. Plus compréhensive et plus douce. Cela pourrait même resserrer nos liens, et qui sait ? Peut-être enfin une vraie histoire d’amour (même si elle devait commencer de façon aussi étrange… Je devenais sentimental, et peut-être que je me trompais complètement. J’entendais bien les accents d’hystérie qui pointaient dans sa voix, et cela ne me rassurait pas, mais quelle femme en est exempte ? Elle m’aimait, visiblement, et me protègerait sans doute mieux que mes colocataires, qui avaient perdu davantage un copain amusant pour gagner un familier paradoxalement encombrant. Il fallait que j’y aille. Du moins je le croyais.

 

                       Pendant que j’envisageais de descendre du lit d’Adèle, j’entendais de moins en moins leur conversation, mais je crois que Karen sanglotait. Il me semblait l’entendre régulièrement. J’imaginais non sans un léger sourire aux lèvres combien Adèle devait être gênée de cette situation. J’allais donc essayer de venir à son secours, en espérant qu’elle était partie assez vite pour ne fermer aucune porte derrière elle. Tout en entendant leur conversation reprendre plus sereinement, j’avais atteint le sol, et j’envisageais maintenant de courir la longue distance qui me séparait du salon, où il me semblait qu’elles étaient. En courant, je n’entendais plus que mon cœur qui  battait dans mes oreilles. J’avais une sensation de légèreté complètement inédite. Je sentais que j’aurais pu courir des heures sans m’arrêter. Cela dit, et malgré la sensation d’aller vite qu’il me semblait avoir, je devais avancer assez lentement. Je finis pourtant par arriver au salon, où j’aperçus les deux jambes immenses et croisées de Karen, et, plus loin la forme d’Adèle , derrière la table basse. Cette dernière n’avait plus rien de bas pour moi : de ma perspective c’était un hangar sous lequel étaient stationnés des pieds géants. Il ne fallait pas que j’arrive par là : elles pouvaient me blesser sans même me voir. J’allais donc passer par l’endroit le plus dégagé, en direction de Karen, afin qu’elle puisse me voir, directement, et qu’Adèle comprenne sans forcément me voir. Ce faisant, je me rendais compte que je la ferai passer pour une menteuse, elle qui tentait sans doute de me couvrir auprès de Karen. Je saurai bien lui dire que c’était moi qui avais préféré cette solution.

 

« - Tu sais, nous non plus on n’a pas de nouvelles. Il n’en donne plus à personne… » Etait justement en train de dire la grosse menteuse. Je m’approchais en commençant à crier. Je n’avais plus de voix après avoir couru. Je prenais un temps pour me racler la gorge et reprendre mon souffle. C’est alors qu’un bruit provint de l’entrée. Cette fois ci, c’était Vanessa.  J’étais au milieu de la pièce, à mi chemin de l’entrée du salon et de la table basse autour de laquelle Adèle mentait honteusement à Karen.  Avant que j’ai pu prendre aucune décision, Vanessa apparaissait  derrière moi, dans l’encadrement de la porte. C’est elle qui me vit en premier. Elle me fixa, je la fixais, elle releva la tête vers Karen, je me retournais et je vis le regard de Karen se poser sur moi. Incrédule, elle regarda Adèle, qui déjà l’observait, me regardant… On se serait cru dans le duel final à trois dans « Le bon, la brute, et le truand ». pour la distribution, on verrait plus tard. Après quelques regard croisés de plus  et quelques secondes qui parurent des heures, tout ce beau monde la bouche ouverte de stupéfaction ; Vanessa se penche en avant et me saisit. Karen crie. Je suis sourd.  J’atterris durement sur la table. Elles sont toutes debout  autour de moi. 

 

« - C’est Martin, Karen, c’est Martin !! » tente l’une

« - Il s’est réveillé comme ça un matin » tente l’autre

 

A chaque fois Karen crie : « Non !» Elles hurlent toutes à la fois. Karen ne sait dire que « NON ! »

 

J’essaie :

« - Karen ! » en lui tendant les bras, car elle m’a reconnu :

« - Non ! » elle se bouche les oreilles.

« - Je veux plus vous voir ! Jamais ! je veux plus entendre parler de… de… ÇA !!! » . Son dernier regard pour moi est révulsé. Elle prend son sac et court vers l’entrée en pleurant et en hurlant simultanément.

 

Je me laisse tomber sur la table, choqué. Vanessa va fermer la porte d’entrée. Adèle se rassoit et me regarde. Plus exactement, je sens son regard sur moi.  Vanessa revient dans la pièce.

« - Vanessa, je… » dis-je sans succès. On peut toujours me couper la parole. On peut toujours me faire taire. Cela deviendrait vite une habitude, une règle de vie. Ma parole n’avait presque plus de consistance. Quant à son poids… Après m’avoir jeté un rapide coup d’œil  dans lequel je ne pus lire que de l’indifférence (feinte ou non), elle dit à Adèle simplement :

« - Je pars en vacances. »

« - Ok » répond simplement Adèle. Puis elle se lève pour suivre Vanessa qui tourne les talons aussitôt qu’elle annonce son départ. Je les entends discuter dans sa chambre. 

Plus tard, Vanessa revient seule. Et s’adresse à moi, de loin.

« - J’ai besoin de prendre l’air. Adèle va s’occuper de toi, elle m’a dit que ça la dérangeait pas. Au contraire. »

« - Je… »

« - Vous pourrez bien vous marrer comme ça. »

« - Vanessa ! »

« - Vous êtes sur la même longueur d’ondes. C’est bien. Ça me va. »

« - Mais qu’est ce qu… ? »

« - Amuses-toi bien ! » 

Colère rentrée + jalousie = zéro pitié. Elle se désintéressait de mon sort.

 

« - Barre-toi ! » conclus-je enfin. Je ne suis pas sur qu’elle m’ait entendu avant de partir. Je l'ai dit sans colère, sans conviction. Dont acte.