18.05.2008

4- Le choc

De longues minutes passèrent, durant lesquelles j’entendais des échos de la conversation téléphonique que Vanessa entretenait avec un interlocuteur inconnu. J’avais décidé de tenter de communiquer avec Vanessa, et avec le regain de courage et de sérénité qui suit généralement les décisions difficiles, je m’appliquais à étudier la façon dont j’allais pouvoir attirer son attention.

J’évitais de trop penser à l’éventualité qu’elle me prit pour un animal, insecte ou souris, vu ma taille, et qu’elle ne me tue tout bonnement avant de m’avoir jamais identifié. C’était un risque à prendre. Un risque calculable, à défaut d’être vraiment calculé. C’était le moindre des risques : si elle me reconnaissait, elle ne me ferait pas de mal. Je ne pouvais pas en dire autant de tout animal qui serait éventuellement à l’affût dans ma chambre. L’effroi permanent qui m’étreignait depuis ce matin n’était pas sans rapport avec le souvenir de ce vieux film américain des années cinquante ou soixante et qui m’avait marqué durablement, jusqu’à ce que je puisse lire le roman qui en constituait l’origine.
Dans « L’homme qui rétrécit », titre français du film et surtout du livre de Richard Matheson « The incrédible shrinking man » (que je n’apercevais pas, mais que je situais dans ma bibliothèque personnelle) ; le souvenir du combat quasi quotidien du héros, dans sa cave, avec une ignoble araignée, me faisait déjà horreur en tant que spectateur de taille rassurante. Cette fin horrible : servir de proie à un tel animal, était ce que je pouvais imaginer de plus effroyable. Tout valait mieux que cela, et si ma chambre n’était pas une cave, je n’insisterais pas à nouveau sur ma conception du ménage et de l’ordre, qui pouvait fort bien favoriser un habitat douillet à des monstres suffisamment intrépides. Je devais donc demander de l’aide à Vanessa, qui était de loin la personne la plus serviable que je connaissais dans les environs.

Je ne l’entendais plus parler au téléphone depuis un moment. Aucun bruit ne me parvenait plus du salon, mais avant que je puisse m’inquiéter de savoir si elle allait revenir, une autre bruit familier me fit sursauter : l’origine se trouvait dans ma chambre. Mon vibreur puis la sonnerie de mon téléphone portable s’était activée. Quelqu’un essayait de m’appeler.

Bien-sûr, l’appareil se trouvait bien trop loin pour que j’ai le temps de répondre, à supposer que j’en ai eu la capacité physique. Je courus pourtant, par pure habitude, vers l’endroit d’où il semblait sonner. Ce fut en pure perte : il était resté avec tout le reste, par terre, bien évidemment. Aucun regret à avoir, quoiqu’il en soit, car à peine je m’étais aperçu de sa situation qu’il cessait de sonner. Mais quelqu’un avait été plus rapide que moi. Vanessa arrivait dans le couloir qui menait à ma chambre.

Elle venait d’essayer de m’appeler. Pour en avoir le cœur net, elle fit sonner à nouveau mon téléphone et vint le prendre, près du lit. Je la voyais maintenant dans toute sa hauteur, presque au dessus de moi, tenant son téléphone dans une main, le mien dans l’autre je réalisai qu’elle était sur le point de s’asseoir sur le lit. J’étais près d’elle, beaucoup trop près. Si je ne bougeais pas très vite, j’allais être écrasé. Reculant bêtement d’abord, je recouvrai très vite mes esprits et commençai à courir. Mais pas assez vite. J’avais trop tardé, j’étais précisément où je ne devais pas être : du coup, j’étais peut-être à l’endroit où j’allais cesser d’être…

Il s’en fallu de peu. Il faudrait toujours regarder où l’on s’assied. Vanessa se laissa littéralement tomber sur le lit, et bien que ce fut un lit assez ferme, je ne fus pas sans ressentir les effets de ce choc. Encore très proche d’elle, je me sentis projeté dans les airs sous l’effet du poids de son corps s’asseyant brusquement sur le lit. C’eut été un bon moyen d’attirer son attention, mais j’étais dans son dos. Après cette cascade durant laquelle j’eus l’impression d’être un personnage de dessin animé, genre Tex Avery, je retombais sur un lit devenu pentu, et dont la pente aboutissait précisément à l’endroit où Vanessa était assise. Je roulais donc sans pouvoir reprendre l’équilibre jusqu’à ce que je m’arrête contre elle.
J’étais contre sa fesse droite. Au niveau de la poche arrière de son short. En me relevant, je réalisais cette présence étonnante, et je ne pus m’empêcher de regarder mes pieds, à l’endroit où mon lit accueillait on corps, en me disant qu’à une seconde près, je me serais trouvé entre elle et le lit. Il s’agissait de reprendre très vite mes esprits.